Histoire : Le Général de Gaulle à Aurillac en Juin 1959
UN PEU D ' HISTOIRE : Il y a 50 ans à Aurillac ...

Il s'agit aujourd'hui d'inaugurer une autre rubrique du blog consacrée à l'histoire du département autour de courtes chroniques.
Malheureusement plus marqué par l'histoire de la droite, ce premier billet concernera donc un voyage du Général de Gaulle dans le département du Cantal. Ceux qui me connaissent se disent d'emblée que je ne me suis pas trop foulé puisque l'implantation du Gaullisme dans le département constitue mon sujet de mémoire.
Je fais d'emblée remarquer que cet article est publié dans ma rubrique histoire, et même le temps de ce billet je ne suis pas devenu Gaulliste. Mais comme le Gaullisme a été anéanti par la droite sarkosyste et ses relais locaux, il faut bien que ce soit un homme de gauche qui s'y colle pour faire revivre l'espace d'un instant le contact entre le Général et notre département du Cantal.
Aussi je vous propose un petit voyage dans le temps, "un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaitre". Nous partons l'espace de ces quelques lignes pour Aurillac, l' Aurillac de la fin des années cinquante.
Un climat d'agitation règne dans la paisible cité Géraldienne en ce printemps 1959. Le Général de Gaulle est revenu au pouvoir l'an passé et c'est officiel depuis quelques jours, il se rendra dans le Cantal début juin. De Gaulle tient alors sa promesse, puisqu'il confie dès 1958 et son retour aux affaires " sa volonté express de visiter tous les départements Français".
Le Cantal sera le premier département du massif central visité par le Général, le 5 juin 1959.
Malgré la joie et l'enthousiasme de la population aurillacoise, le cantalou d'alors regretta sans doute la briéveté du passage de "l'homme du 18 juin" qui arrive à la gare à 9 heures pour quitter définitivement le département avant quinze heures. Nous passerons rapidement sur les préparatifs pour faire de cette journée une parfaite réussite politique. Notons tout de même les efforts des parlementaires nottament Jean Sagette ( député U.N.R de Saint-Flour Mauriac) et surtout l'investissement des services de la préfecture. Pour l'anecdote le préfet demande aux chefs d'entreprise de faciliter la venue de leurs ouvriers et demande à l'inspecteur d'académie de donner congé aux enfants. Ce qui est marquant est l'unanimisme de la part de la classe politique autour de la personne du Général. Dans le Cantal comme sur le plan national, il n'y a que le Parti Communiste qui émet des critiques sur de Gaulle. Dans le département les critiques sont relayées par le Cantal Ouvrier et Paysan (journal de la fédération du parti communiste du Cantal) et par le "seul rouge" du Conseil Général, le valeureux et courageux Léon Chancel, conseiller général de Pleaux qui fait savoir qu'il ne participera pas aux cérémonies. Pour résumer c'est donc une population et une classe politique enthousiaste qui s'appretent à recevoir le Général de Gaulle.
C'est devant 6000 participants que le Général de Gaulle entame son discours, Place de l'hotel de Ville. Le discours peut être vu et analysé comme un parfait exercice de pédagogie du Gaullisme. De Gaulle reprend les principaux thèmes du discours Gaulliste, renaissance de la France, retour sur la période de l'occupation qui est le fondement de sa légitimité politique, sans oublier la grandeur de la France et la solidité des nouvelles institutions et l'indépendance de la France ( à l'heure du retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, ceci pourrait faire réfléchir ceux qui se disent gaullistes dans le département).
Habile politique et véritable professionel de la communication avant l'heure, De Gaulle flatte aussi son auditoire, parlant d'Aurillac comme d'une belle et noble ville dont il se souviendra de "l'accueil jusqu'à son dernier jour".
Enfin nous devons bien sur relever la charge historique de la première phrase de la conclusion du discours : "Vive Aurillac, capitale de la Haute Auvergne". Une phrase lourde de sens puisque depuis la Révolution Française Saint Flour et Aurillac se jalousent la prédominance sur la Haute Auvergne et le Général par cette formule laconique semble clore le débat. En réalité cette phrase semble plutôt servir juste à flatter l'auditeur aurillacois car en 1959 personne à part peut être quelques érudits ne remet en cause la primauté d'Aurillac sur le département du Cantal. Le discours se termine par la Marseillaise, reprise en coeur par la foule.
Cette visite montre le degré de popularité du Général au printemps 1959 soit un an après son retour au pouvoir. Il nous montre aussi, par le soutien de la classe politique locale que le Gaullisme dipose déjà de solides atouts en vue de conquérir les terres cantaliennes fidèles à la droite paysane incarnée par Camille Laurens et le C.N.I.P (Centre National des Indépendants et Paysans qui domine alors le Conseil Général du Cantal). De plus la préparation du voyage montre déjà une constante dans le département, l'unanimisme du Conseil Général. Unanimisme que nous remarquons encore dans la gestion ( ou plutôt la non-gestion) de l'assemblée départementale où les socialistes sentant arrivés des échéances électorales tentent d'hausser un petit peu le ton.