Le poujadisme dans le Cantal

Publié le par Bastide Grégory



Le bref épisode poujadiste dans le Cantal


Le Cantal est un département plutôt allergique aux idées d'extrême droite. En effet le Front National n' a jamais obtenu de résultats significatifs dans ce département où la droite traditionelle, puis la droite gaulliste dominent la vie politique depuis le début des années 1950. Or, cela n'a pas toujours été le cas et le mouvement lancé par Pierre Poujade dans les années 50 semble avoir rencontré de la sympathie chez les commerçants et artisans cantaliens.


                                             

La naissance du Mouvement Poujade dans le département

Le mouvement initié par Pierre Poujade au cours de l'année 1954 est liée dans un premier temps au mécontentement de certains artisans et commerçants qui se plaignent de subir de plus en plus de contrôles fiscaux. De plus le retard économique du Cantal conjugué aux difficultés économiques de l'après guerre font du département un espace géographique favorable au développement du "poujadisme"
C'est ainsi que se constitue le 4 avril 1954 à Aurillac l'union départementale du mouvement Poujade sous l'impulsion de Monsieur B. carrossier à Aurillac, ami d'enfance de Pierre Poujade. Divers métiers sont représentés dans le premier bureau de l'union. ( quincaillier à Aurillac, marchand de chaussures à Saint-Flour, négociant à Maurs, restaurateur à Mauriac et encore balancier, forgeron et électricien). Nous voyons donc que le bureau du Cantal est composé dans son ensemble par de petits commerçants et artisans. On relève un souci d'équilibre dans la représentation géographique du département puisque les villes de Saint-Flour, Mauriac, Murat, Maurs et bien sûr Aurillac sont représentées. Enfin nous pouvons noter que l'ensemble des membres dirigeants du mouvement sont issus des principales villes du département, ce qui nous amène à penser que le poujadisme
 dans le département est essentiellement urbain touchant en priorité la ville d'Aurillac.
L'adhésion à l' Union de Défense des Commerçants et des Artisans (U.D.C.A.) section cantal est fixée à 300 anciens francs. Le journal poujadiste est dans un premier temps imprimé à "la moderne" à Aurillac puis sur les presses de "la liberté" à Clermont Ferrand. Le premier numéro du début de l'année 1954 est tiré à 14 000 exemplaires dans le département. Les services des renseignements généraux du Cantal donnent même le chiffre extravagant de 11 000 adhérents pour l'année 1954. Même si l'on peut légitimement douter de la véracité d'un tel chiffre, ces éléments témoignent bien d'une rapide pénétration du poujadisme en terre cantalienne.

La scission de l'automne 1954 et ses conséquences 

La scission se dessine au moi de septembre dans le département. Celle ci est due à l'orientation idéologique des dirigeants cantaliens qui conçoivent le mouvement comme un organe de pression purement professionel et le projet de Poujade de faire glisser le mouvement sur le terrain politique. Deux dirigeants cantaliens de l'organisation sont même membres de la coalition qui tente d'obliger Poujade à se replacer dans le cadre de la revendication professionnelle.
Au printemps 1955 la cassure entre le dirigeant cantalien et Pierre Poujade est définitivement consommée. Poujade fait clairement comprendre à son ami d'enfance qu'il n'aurait dorénavant plus aucun rôle dans l'union cantalienne.
Dès lors les adhérents de l'association s'attendent à un conflit ouvert entre le dirigeant cantalien et Poujade. Derrière ce conflit de personnes apparait bien deux visions de l'union de défense, l'une purement professionelle pronée par le leader cantalien et l'autre, politique, aux relents populistes et autoritaires incarnée par Poujade.
La confrontation entre les deux leaders a lieu aux environs d'Aurillac et tourne à l'avantage de Poujade, si bien que le dirigeant cantalien quitte "les lieux sous les huées du public"( sources R.G Cantal). Notons tout de même la présence d'environ un millier de personnes à la réunion ce qui témoigne bien de l'imprtance du mouvement dans le département. Ainsi il apparait que c'est la base des adhérents qui a désavoué le dirigeant local préférant suivre Poujade.
Aussi si le poujadisme s'est rapidement fait une place dans le paysage cantalien, il a aussi très rapidement décliné comme nous le montre le tableau suivant.
Tableau montrant l'évolution des adhérents de l' U.D.C.A.
     

Années Nombre d'adhérents
1954 11000
1955 3947
1956 3100
1957 2980
1958 1890
1959 950
1960 750
1961 700
1962 450

Source : Archives départementales du Cantal, note de R.G sur le développement du Poujadisme dans le Cantal.
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Publié dans Histoire du Cantal

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